Lu, vu, entendu

Voici les impressions de lectures, les commentaires de film, les comtes-rendus d'expositions publiés sur la page Au Fil des Jours.

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Il ne s'agit pas d'une page de critiques littéraires ou cinématographiques, mais simplement d'avis personnels, de ressentis et d'impressions qui n'engagent que leurs auteurs. Le choix des oeuvres est aléatoire et non exhaustif.

 

Dimanche 16 avril - Pékin

 

Vu, lu, entendu

A la recherche d'une ombre chinoise
Jean-Philippe Béja, Editions du Seuil

 

Cet ouvrage retrace l'histoire des mouvements démocratiques en Chine depuis 1919, date du "Mouvement du 4 mai".

La partie "historique" m'a semblé un peu faible (mouvements de 1919, période pre-révolutionnaire) mais elle est utile pour mieux comprendre la suite : le fonctionnement des groupes et partis démocratiques en Chine aujourd'hui.

J'ai découvert avec intérêt la période de relative liberté d'expression qui a suivi le "Mur de la Démocratie" dans les années 78 : je connaissais très mal cette décennie durant laquelle intellectuels et étudiants ont pu se réunir, débattre et exposer leurs idées relativement librement, notamment à travers les publications de plusieurs revues.

 

 

 

La repression qui a suivi, avec les événements de Tian'anmen en 89, est également bien documentée, et apporte des points de vue intéressants. Ainsi, j'ai été surprise de lire que certains intellectuels qui ont pris part aux manifestations se demandent aujourd'hui si leur action à ce moment n'a pas été plus néfaste qu'utile, puisqu'elle a entraîné une réaction violente de la part du Parti, bloquant le processus démocratique pour des années.

J'ai également été très intéressée par la description de l'action des partis démocratiques ou libéraux à l'heure actuelle : leurs liens avec le Parti, leurs interrogations sur le mode de fonctionnement à adopter (vaut'il mieux agir à l'intérieur ou à l'extérieur du Parti?), etc...

Je pense que ce livre permet de mieux comprendre le fonctionnement politique chinois et de nuancer le jugement que nous portons parfois en bloc sur la politique chinoise. Même si ils restent dans l'ombre (et souvent menacés), l'action des mouvements démocratiques ne peut être niée ou occultée, et notamment leur influence sur les questions sociales auxquelles est confrontée la Chine.

 

 

Mardi 21 mars 2006 - Toulouse

par Yves Gravrand, élève des cours de chinois

 

Essais sur la Chine, Simon Leys
Editions Bouquin

 

J'aimerais vous signaler la réédition en Bouquin des textes de Simon Leys sur la Chine.  En octobre dernier je l'avais avec moi lors des longues heures de train de Kashgar jusqu'a Beijing et via Xining. Plusieurs personnes ont été attirés par le poème de Lu Xun  en couverture et faisait en général des commentaires élogieux, plus convenu pour la calligraphie de Mao qui est à l'intérieur.
Je l'ai même fait lire à une petit fille qui faisait la curieuse, elle était étonnée que je ne connaisse pas non plus les caractères qu'elle ignorait. 
Livre surtout intéressant sur l'histoire récente pour ce que la révolution culturelle intéresse. C'est un régal la manière dont il traite tous ces "maoïstes" et ces intellectuels qui se devaient d'aller en Chine et faire un livre, BHL en tête. Surtout lorsque on les a subis comme moi dans les années 70.  Les textes sur la culture et La Chine sont toujours d'actualité.
Il explique très bien l'attitude des Chinois à l'égard du passé (page 739). Même si on sent partout la présence du passé en Chine, il y a très peu de vestiges historiques et de monuments, et une indifférence au respect de l'historique, il est en plus difficile de distinguer le reconstruit de l'authentique. Si l'on accuse les gardes rouges d'avoir créer un désert culturel, il ne restait déjà plus grand chose à détruire.
Des pages intéressantes sur Victor Segalen.

 

La mélopée de l'ail paradisiaque, Mo Yan
Editions du Seuil

C'est un des livres les plus intéressant sur la Chine actuelle.
Sur fond d'une révolte paysanne à la suite d'une surproduction d'ail qui a entraîné la ruine des paysans producteurs de cette monoculture locale, c'est l'histoire de deux jeunes gens qui ne peuvent se marier car celle qu'il aime a été promise dans un mariage croisé avec la famille d'un cadre du village. Croisé, c'est à dire que l'on donne aussi en mariage la plus jolie au fils, pour caser le frère aîné moins gâté par la nature et boiteux à la fille. Après l' avoir enlevé, le jeune homme se fera rosser et plus.
Histoires aussi de paysans qui enterrent en cachette leur vieille mère, ou se font écraser par le camion de la coopérative et ne reçoivent qu'un peu d'argent en compensation.Les récits des séjours en prison et du procés sont explicites. On est très loin des romans des gamines de Shanghai.

 

 

 

 

par Fanny Valembois, directrice de tchin-tchine

 

School of Hope
un documentaire de James Howard

Le réalisateur canadien James Howard présentait samedi dernier "School of Hope", un documentaire d'une heure sur un programme de scolarisation des jeunes filles pauvres dans les régions rurales.

Le film suit l'équipe de l'école, basée à Pékin, à travers les campagnes du Sichuan. Les enseignants rencontrent des dizaines de jeunes filles d'environ 16 ans, qui ne peuvent plus aller à l'école en raison de la pauvreté de leurs familles. Leur tristesse, et aussi leur espoir et leur détermination à se forger une vie meilleure malgré tout, sont impressionnants et touchants.

 

Après un examen et un entretien avec les enseignants, une vingtaine de jeunes filles sont sélectionnées pour se rendre à Pékin, où elles suivront un enseignement intensif : cours de mandarin, d'anglais, d'informatique...

A l'issue de la formation, chacune d'entre elle a trouvé un travail à Pékin, qui lui permet d'envoyer de l'argent à sa famille chaque mois.

Le film est intéressant à bien des égards : il rappelle d'abord les incroyables conditions de vie des ruraux en Chine, oubliés de la croissance. Les familles des jeunes filles gagnent autour de 200 yuan par an (moins de 20 euros)! Et les jeunes diplômées gagnent à Pékin au maximum 450 yuans par mois, pour 10 à 12 heures de travail quotidien.

Le film montre également la volonté de plusieurs femmes d'améliorer la condition des femmes dans les campagnes. Dans les familles pauvres, on ne peut pas payer les études des enfants, et c'est toujours les garçons qui en bénéficient en priorité. Les filles travaillent souvent dès 13 ans, à la maison ou aux champs, et sont mariées très vite.

La fondatrice de cette école privée de Pékin se bat depuis des années pour permettre aux filles de régions pauvres d'avoir accès à l'éducation et à l'enseignement supérieur. A travers ce programme de formation, des conférences, une revue mensuelle destinée aux femmes des campagnes, elle répète inlassablement l'importance de l'éducation, seul vrai moyen d'améliorer la condition des femmes.

 

Mardi 7 mars 2006 - Pékin

 

par Fanny Valembois, directrice de tchin-tchine

 

Le sang de la Chine
Pierre Haski - Bertrand Meunier / éditions Grasset

 

Après le Journal de Ma Yan, j'ai donc lu un nouveau livre de Pierre Haski. Il s'agit d'une enquête sur les "villages du sida" dans le Henan.

Dans ces villages, l'Etat chinois a organisé à partir des années 80 et pendant des années la collecte du sang des paysans, à grande échelle. Les paysans étaient payés pour vendre leur sang aux centres de collecte, qui le revendaient ensuite à des groupes pharmaceutiques.

 

 

Les conditions d'hygiène déplorables dans lesquelles ces prélèvements ont été faits a amené une propagation effrayante du virus du sida, mais aussi de l'hépatite.

Lorsque les premiers cas de maladie se sont déclarés, le gouvernement de la province a décidé... de ne rien décider, et a laissé les paysans mourir sans leur apporter de soin ou même d'information sur le mode de contamination, laissant ainsi les malades infecter leurs proches.

L'enquête se lit d'une traite, et on en ressort bouleversé et choqué. Rien n'est épargné, ni l'incurie médicale, ni les responsabilités politiques, ni le silence étourdissant de la communauté internationale, ni la répression féroce qui a touché les médecins qui ont voulu aider ces malades.

Je vous recommande d'acheter ce livre!

 

 
Samedi 4 mars 2006 - Pékin

 

par Fanny Valembois, directrice de tchin-tchine

 

 

Riding Alone For Thousands of Miles
(Qian Li Zou Dan Qi)

Je suis allée voir vendredi au Cherry Lane Movies le dernier film de Zhang Yimou, en version originale sous-titrée en anglais.

Je ne savais pas du tout à quoi m'attendre car je n'ai pas tellement aimé les derniers films de Zhang Yimou (Hero, Le Secret des Poignards Volants) que je trouvais assez légers, et pour tout dire un peu trop commerciaux (hollywoodiens?) à mon goût.

Mais je n'ai pas du tout regretté ma sortie, car ce film est une très belle réussite, et m'a beaucoup touché. Il s'agit de l'histoire d'un père japonais qui, apprenant que son fils va bientôt mourir, part en Chine pour y chercher le moyen de se réconcilier avec ce fils qui ne lui a pas parlé depuis dix ans.

 

Le comédien japonais Ken Takakura est extraordinaire dans son personnage de père silencieux, incapable d'exprimer ses sentiments. Autour de lui, une brochette de personnages secondaires formidables, notamment son guide chinois Lingo...

Comme toujours avec Zhang Yimou, la photographie est magnifique : les paysages sont stupéfiants (depuis les neiges du Japon jusqu'aux escarpements du Yunnan), les couleurs éclatantes.

C'est pour moi un retour aux vrais films d'auteur, dans la lignée du Sorgho Rouge ou d'Epouses et Concubine, avec en prime la maturité du réalisateur... L'histoire de cette relation père-fils est retracée de manière juste et sensible, sans que l'auteur cherche à démontrer ou expliquer quoi que ce soit. Cette émotion est soulignée par l'humour omni-présent de Zhang Yimou, qui semble poser sur la société chinoise un regard à la fois amusé et compréhensif. Certaines scènes sont vraiment très drôles, et en même temps très tendres, comme si l'auteur riait de travers qu'il ne peut pas s'empêcher d'aimer malgré tout... En prime, on découvre un petit pan de la culture japonaise, filmée (je pense) sans tomber dans le cliché et l'opposition systématique avec la Chine (même si on sent bien que le voyage en Chine est finalement salutaire pour ce Japonais embourbé dans son éducation trop rigide...).

Bref, un beau film, dont malheureusement je ne connais pas la date de la sortie française...

 

 

Atelier Faucon à Pingyao
Editions de l'oeil - 2004

 

Le photographe Bernard faucon a parcouru la ville de Pingyao, dans le Shanxi, accompagné de quelques jeunes chinois qu'il a initiés à la photographie.

Ce livre présente le résultat de cette expérience, qui a amené ces jeunes à regarder différement leur ville et à en apprécier la beauté.

Les photographies sont très belles, et disponibles sur ce site internet...

 

 

 

 

Le Journal de Ma Yan
Editions Ramsay - 2002

Lors d'un voyage dans la province chinoise du Ningxia, le journaliste Pierre Haski se voit remettre un cahier d'écolière. Ce cahier raconte la vie de Ma Yan, jeune fille Hui (musulmane), troisième enfant d'une famille pauvre, qui confie jour après jour ses difficultés mais aussi son envie d'étudier, pour se créer une vie meilleure.

Au-delà de l'émouvante histoire personnelle, ce témoignage permet également de découvrir une Chine un peu méconnue, celle du Nord Ouest, pauvre et désertique, peuplée de musulmans, oubliée et arriérée.

La découverte de ce cahier, et la rencontre d'enfants dont la volonté d'aller à l'école était empéchée par la pauvreté endémique de la région, a amené Pierre Haski à créer l'association Les Enfants du Ningxia, qui permet à des enfants de recevoir des bourses pour continuer à étudier.

 
 

lundi 13 février 2006 - Pékin

 

par Fanny Valembois, directrice de tchin-tchine

 

Comme je ne voudrais pas que vous pensiez que je passe mon temps en vadrouille dans les quatre coins de la Chine, voici mes dernières lectures intelligentes...

- le livre de Lucien Bianco sur les révoltes paysannes du début du XX° siècle m'avait donné envie de continuer à me documenter sur le monde rural chinois à une époque plus contemporaine. J'ai trouvé mon bonheur avec un livre de Michel Bonin, Génération Perdue (EHESS 2004).

Ce livre très agréable à lire présente la politique d'envoi des "jeunes instruits" (diplômés du secondaire) à la campagne depuis 1950 et jusqu'au début des années 1980.

La première partie présente les motivations du mouvement : origines idéologiques de "rééducation" des jeunes et de formation d'une nouvelle génération de révolutionnaires, mais aussi ré-éuilibrage des villes et des campagnes pour lutter contre le chômage...

La deuxième partie, la plus intéressante, présente les conditions de vie des jeunes à la campagne : relations avec les paysans, formes de résistance et retours clandestins, mariages, difficultés d'intégration etc... illustrée de photos, cette partie permet de mieux comprendre le mode de vie paysan et rural.

Le livre finit avec l'analyse des résultats de cette politique (et l'auteur est assez négatif) et présente des mouvements similaires dans d'autres pays (ce qui donne d'autres idées de lectures!).

 

 

- On m'a ramené de France la dernière édition de Manière de Voir (une publication bi-mensuelle du Monde Diplomatique) consacré à la Chine. Je n'ai pas encore tout lu, mais je trouve la lecture intéressante jusqu'à présent. La première partie rappelle que loin d'être un pays "en émergence", la Chine reprend peu à peu une place "centrale" dans l'équilibre mondial, qui correspond à un long passé de rayonnement asiatique et international. Plusieurs articles d'auteurs français et chinois apportent de points de vue nuancés sur notre manière occidentale de concevoir l'Asie (avec ce que ça peut comporter parfois de clichés et d'idées reçues).

La deuxième partie, qui s'appelle "une société en mutation", me semble plus décevante car elle tombe en partie dans ces "clichés" : croissance à deux chiffres, expansion économique... plusieurs articles apportent cependant un éclairage intéressant sur des problèmes sociaux, écologiques...

Vous trouverez "Jusqu'où ira la Chine", Manière de Voir n° 85, en kiosque pour 7€.

 

lundi 2 janvier 2006 - Pékin

 

par Fanny Valembois, directrice de tchin-tchine

 

 

Depuis mon arrivée à Pékin mi-octobre, j'ai abondamment profité de la bibliothèque du Centre Culturel Français. Suite à quelques demandes d'adhérents, voici une sélection de mes dernières lectures concernant la Chine moderne et contemporaine. Les commentaires n'engagent naturellement que moi!

Après une conférence de J.-L. Domenach organisée à Pékin par les Rencontres Francophones, j'ai eu envie de mettre à jour mes connaissances concernant Mao Zedong. J'ai donc consulté deux ouvrages :

- MAO, la vie, la légende, de Claude HUDELOT paru en 2001 chez Larousse
Ce livre présente la personnalité et la vie de Mao à travers deux parties : tout d'abord un rappel historique du parcours du dirigeant, de l'enfance à la mort. Cette partie m'a semblée un peu faible, car très synthétique et donc manquant parfois de précision quant aux éléments de contexte historique, politique, social. La deuxième partie analyse la manière dont le "mythe" a été mis en place, à partir de documents divers : photos, gravures, textes... Cette partie me semble nettement plus intéressante, elle apporte des éléments précis et illustre son propos de nombreux exemples, souvent édifiants (l'épisode des mangues, par exemple...). Ce livre reste une bonne manière d'aborder le "mystère" Mao, mais m'a laissé sur ma faim.

 


- J'ai complété cette lecture avec le récit
Le président Mao est Mort de Du Qinggang (éditions Desclée De Brouwer)


Il ne s'agit pas d'un essai mais du récit d'un jeune chinois francophone qui porte sur la Chine et la France des années 1960-1970 un regard plein de naîveté. On apprend à travers ses expériences et ses voyages ce qu'a pu être la vie de jeunes étudiants dans les années Mao. J'ai trouvé ce livre plein de finesse et d'humour, et d'un attachement certain à la Chine. Ce regard plein de comprehénsion et d'humanité m'a touchée.

 

Après la vie de Mao, je me suis intéressée à une période plus proche avec

- Les Archives de Tian'anmen de Zhang Liang (pseudonyme), éditions du Félin

Il s'agit d'une compilation de documents internes au Parti Communiste, dans les quelques jours qui ont précédé et suivi les événements de juin 1989. La lecture de ces notes, bilans et rapports est un peu fastidieuse, mais on y apprend énormément sur le fonctionnement d'un parti très mal connu, et la manière dont sont prises les décisions au sommet. Un livre un peu pointu, mais que je recommande à ceux que n'effraient pas ses 650 pages!

 

Enfin, je relis en ce moment Les origines de la Révolution chinoise de Lucien Bianco (folio), un ouvrage qui reste une référence pour comprendre l'arrivée au pouvoir des communistes en 1949. J'apprécie la clarté de l'exposé, qui aborde la première moitié du XX° siècle par thèmes ( origines intellectuelles, causes sociales, nationalisme, impérialisme) plutôt que chronologiquement, ce qui permet une vue d'ensemble de la période.

Cette lecture fait suite à celle de
Jacqueries et révolution dans la Chine du XX° siècle, du même auteur chez la Martinière .

Encore un ouvrage un peu pointu, mais dont j'ai apprécié la précision, la clarté, l'abondance des sources. J'en retire une plus grande connaissance et compréhension du monde rural chinois, du moins pour le début du XX° siècle - et l'envie de lire d'autres ouvrages sur le même thème!

 

 

 

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